Hello Twitter !

Le 21 juin 2015, un tweet énigmatique faisait la une de l’actualité :

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Signé DSK @dstrausskahn, un compte certifié par Twitter, a permis à son auteur d’obtenir immédiatement plusieurs milliers de suiveurs (followers) et de susciter nombre de commentaires. Daniel Cohn-Bendit en a fait le sujet de sa chronique matinale sur Europe 1. Selon lui, il s’agit d’un canular : « Rien n’est vrai. Tout le monde est tombé dans le piège ». Peu importe qu’il s’agisse, comme le rappelle Thomas Sotto, d’un compte certifié. Quelques jours plus tard, le 27 juin, le même compte publie un nouveau message qui semble lever les derniers doutes, tout comme la tribune, le 18 juillet 2015, à ses amis allemands pour analyser finement et avec du recul, les conséquences de l’accord avec la Grèce.

Hello_Twitter_Grece

En attendant, dans sa chronique, Daniel Cohn-Bendit n’y croit pas un instant : Dominique Strauss-Kahn est « trop intelligent pour faire ce genre de bêtise ». Et d’ajouter : « Ce genre de tweet est ridicule. C’est insignifiant ! ». Difficile de lui donner tort sur ce seul tweet.

Tout comme il est difficile de comprendre le phénomène Obama. Le 18 mai à 22h30, plus d’un million de followers suivaient le président Barack Obama (@potus) qui venait de publier son premier tweet personnel 4h30 plus tôt. Ce tweet, sans grand intérêt il faut le reconnaître, était alors retweeté 208 000 fois !

Il est difficile de parler du seul aspect viral de Twitter pour expliquer cet exploit. Tous les medias ont relayé cette « information » ; la curiosité a fait le reste. En effet, le tweet du président américain ne respecte pas les canons classiques de l’outil (nombre de followers, utilisation de hashtag) pour justifier ce raz de marée. Deux mois plus tard, ce même tweet était retweeté plus de 420 000 fois et le compte dépassait les 3,2 millions de followers pour 87 tweets émis, soit environ deux par jours.

Hello_Twitter_Obama

A y regarder de plus près, le sujet de la chronique de Daniel Cohn-Bendit n’est pas tant l’analyse des propos réels ou supposés de Dominique Strauss-Kahn que celle du média Twitter. « Ça ne m’intéresse pas le Tweet. Je travaille tous les matins sur Europe 1, je parle donc je dis ce que j’ai envie de dire ». Et de conclure, d’un définitif : « Le Tweet n’est pas un moyen de communication qui permet d’expliquer les choses ».

Communiquer et être court

Il est toujours délicat de faire des généralisations à partir d’un cas particulier. Il faut également reconnaître que les deux exemples cités sont loin de faire figure d’exception : nombre de tweets sont au degré zéro de l’informatio et de la communication. Mais, il y en a aussi beaucoup d’autres.

Twitter, site de micro-blogging, est souvent classé dans les réseaux sociaux et comparé à ce titre à Facebook, mais aussi Instagram, Youtube ou des réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn ou Viadeo. Sa spécificité : des messages (tweets) de seulement 140 caractères, qui le rend particulièrement adapté à un usage mobile. Cette particularité est intéressante pour son développement dans la mesure où, en 2015, les smartphones représentent déjà l’équipement le plus souvent utilisé pour accéder aux informations au point d’ailleurs que Google a modifié son algorithme de recherche. Désormais, les sites internet compatibles avec la mobilité (taggués #MobileFriendly sur Twitter) sont privilégiés par rapport aux sites classiques.

Cette obligation de concision participe également de son aspect viral : l’outil est très interactif et rapide, les informations se diffusent comme une trainée de poudre, qu’elles soient intéressantes ou parfaitement anecdotiques comme le message de Dominique Strauss-Kahn.

Un message court, porte d’entrée vers l’information réelle

Pour compléter et illustrer les informations transmises, des photos ou une vidéo peuvent être jointes au message. Il en coûtera 23 caractères sur les 140 autorisés réduisant d’autant la longueur du message mais donnant davantage de visibilité au message. L’extension la plus intéressante est cependant le lien vers une page web. Correspondant lui aussi à 23 caractères, il réduit la taille du message à 94 caractères. Avec ce lien, le tweet se transforme en point d’entrée vers une information beaucoup plus détaillée. Le message et son illustration ne constituent alors qu’une accroche pour éveiller la curiosité du lecteur et l’orienter vers l’information proprement dite.

Reste à partager cette information avec le plus grand nombre. Là aussi, Twitter dispose d’éléments souvent différentiant par rapports aux réseaux sociaux. Outre l’envoi sur les fils d’actualités des followers de l’émetteur, ces informations peuvent également être retrouvées avec les adresses mentionnées dans le tweets et surtout avec les hashtags, ces mots-clés préfixés du caractère # utilisés comme index de recherche. Pour une diffusion optimale, il convient donc de bien choisir les thèmes qui peuvent attirer l’attention des lecteurs. Avec 350000 tweets émis chaque minute, il est en effet important de disposer de moyens d’accéder rapidement à l’information souhaitée.

Il y a, en 2015, plus de 300 millions d’utilisateurs actifs dans le monde (6,6 millions en France). 35% des utilisateurs ne postent pas d’informations, ni ne les commentent. Ils se connectent sur leur compte uniquement pour prendre connaissance des informations diffusées par les autres.

Hello_Twitter_Audience RS

Twitter le nouveau kiosque à journaux

Le Pew Research Center a publié une étude intéressante le 14 juillet 2015 (cf référence en fin de document) sur l’utilisation de Twitter et de Facebook pour accéder aux informations. Elle montre notamment qu’en 2015, 63% des utilisateurs utilisent Twitter pour s’informer, soit une progression de 11% depuis 2013. Cette augmentation touche toutes les catégories socio-professionnelles, toutes les catégories d’âge, les femmes aussi bien que les hommes.

Elle est probablement liée à une conjonction de facteurs : les modifications des comportements des utilisateurs, les possibilités offertes par les plateformes pour donner plus facilement accès aux informations mais également, bien entendu, l’utilisation de plus en plus importante de Twitter par les différents médias.

Pour la plupart des informations, les usages sont sensiblement les mêmes sur tous les supports. Twitter est cependant davantage utilisé que Facebook dans quatre domaines : la politique nationale (72 % pour Twitter contre 61 % pour Facebook), les affaires internationales (63% vs 51 %), les entreprises (55 % vs 42 %) et les sports (70 % vs 55 %). Twitter est aussi utilisé deux fois plus que Facebook pour suivre les informations en temps réel. La concision des messages, la rapidité de diffusion, le filtrage par hashtag et les possibilités de live tweet expliquent probablement cette préférence.

Un message court au risque de la trivialité

Lorsque Daniel Cohn-Bendit dit qu’il tweete sur Europe 1, il prend d’emblée la posture du communiquant, qu’il est, et non pas de la grande majorité des utilisateurs qui utilisent Twitter, ou la radio d’ailleurs, pour obtenir de l’information. Pour un Daniel Cohn-Bendit qui prend la parole il y a plusieurs centaines de milliers d’auditeurs qui écoutent, plus ou moins attentivement, son message du jour.

La plupart des médias (radio mais également télévision, presse écrite…) ne sont pas adaptés à un débat avec ses auditeurs ou lecteurs. Twitter qui fait de l’instantanéité et des échanges entre internautes un de ses points forts, n’est pas mieux loti pour des échanges constructifs. La situation pourrait évoluer grâce à la levée de la contrainte des 140 caractères dans les réponses aux Tweets. Cette nouvelle fonctionnalité est progressivement mise en place depuis le 1er juillet 2015.

La limite de la taille des messages conduit souvent les internautes à simplifier et partir sur des commentaires triviaux voire désobligeants. En témoigne cet échange qui fait suite à une réflexion aussi courte que saignante :

Hello_Twitter_Tweet1

Hello_Twitter_Tweet2

Certains en font même la cause d’une future disparition de Twitter :

Hello_Twitter_Tweet3

Où en est la Presse en France ?

L’âge d’or de la presse écrite a eu lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, période pendant laquelle elle a connu une forte croissance. Sa position de monopole de fait, a été battue en brèche avec l’arrivée de la radio et la télévision qui se sont progressivement imposées à leur tour sur le marché des médias.

En 2013, les journaux Libération, La Croix et Les Echos diffusaient un peu plus de 100 000 exemplaires, l’Equipe 250 000 exemplaires et le Monde 300 000 exemplaires.

La tendance depuis est encore au tassement : entre 1999 et 2013 les journaux perdent entre 10 et 35% de leurs lecteurs. Seuls Les Echos (+3%) et La Croix (+20%) ne suivent pas la tendance.

Hello_Twitter_Presse

La presse régionale en-dehors d’une dizaine de titres avec une diffusions autour de 100 000 exemplaires et une autre petite dizaine entre 250 000 et 350 000, a des diffusions un peu plus importantes (chiffres 2011) :

  • une dizaine de journaux dans la tranche 350 000 à 650 000 exemplaires
  • quelques millionnaires (ou presque) avec :

o La Dépêche du Midi : 0,8 M exemplaires,

o Le Progrès : 0,85 M exemplaires,

o Le Dauphiné libéré : 0,95 M exemplaires,

o Sud-Ouest : 1,1 M exemplaires,

o La Voix du Nord : 1,15 M exemplaires

o Ouest-France : près de 2,5 M exemplaires.

En revanche, les titres gratuits caracolent en tête avec des diffusions à 3-4 M d’exemplaires, mais avec un taux de circulation plus faible en moyenne que celui des titres payants : entre 2 et 4 lecteurs en moyenne par journal gratuit, là où les journaux payants sont lus par 4 à 8 lecteurs par journal.

La Presse face au Net

Cette situation est complètement bouleversée par les changements apportés par le  Net. Une première vague est venue des PC et des moteurs de recherche, Google en tête, qui ont permis de trouver rapidement, toutes sortes d’informations. Le phénomène a ensuite été amplifié par les tablettes et les smartphones : désormais tout le monde est connecté en permanence et est informé en continu.

Pour faire face à cette évolution les journaux ont évidemment cherché des parades : en livrant les journaux aux particuliers aux aurores, en envoyant la veille au soir, par messagerie une version numérique du journal ou en développant une application spécifique adaptée aux tablettes et aux smartphones. Sur le fond cependant, les invariants n’ont pas changés :

Journal (papier ou numérique) Information Web
Abonnement Gratuit (hors informations des extensions des journaux)
Ligne éditoriale Tous sujets, toutes opinions
Informations de la veille Informations en temps réel
Quantité d’informations limitée par le support Aucune limite

Difficile de lutter dans ces conditions…

Les initiatives de la Presse

Les journaux ne baissent pas les bras pour autant. Ils disposent tous aujourd’hui d’un site internet leur permettant de diffuser de nouvelles informations et créent de nouvelles applications sur les nouveaux supports dans l’espoir de conserver leurs lecteurs et si possible d’en capter de nouveaux.

Ils continuent également à revoir leur formule, proposant de nouvelles mises en page et de nouveaux contenus, quitte à accoucher d’un résultat décalé par rapport à l’attente de leurs lecteurs. Ainsi Libération, propose le 1er Juin 2015, une formule révisée qui n’a pas vraiment fait l’unanimité auprès de ses lecteurs avec sa nouvelle graphie jugée illisible.

Hello_Twitter_Libe

Les lecteurs du journal sur tablette sont probablement moins critiques. Peu importe pour eux, la présentation « papier ». L’article qu’ils lisent garde une présentation plus classique, le fond étant privilégié sur la forme.

Hello_Twitter_Libe_iPad

Le Monde de son côté propose désormais, pour 1,99€ par mois, sa Matinale, application dédiée au smartphone proposant à 7h une compilation d’articles que le lecteur peux swipper (déplacement à gauche pour passer, à droite pour sélectionner) pour se concocter sa propre sélection.

Hello_Twitter_Matinale

Les Echos quant à eux, proposent une version « Live » dédiées aux smartphones et tablettes couplée avec l’abonnement au journal.

Hello_Twitter_Les Echos

Twitter, réseau d’information

Pour Evan Williams, le cofondateur de Twitter : « C’est un réseau d’information, même si certains veulent en faire un réseau social ».

Pierre Stéphan (@pierrestephan), Consultant – cabinet Infhotep, écrit dans une chronique des Echos du 09/06/15, justement intitulée «Non, Twitter n’est pas un réseau social » :

Le terme de réseau social est introduit dès 1954 par l’anthropologue John Arundel Barnes dans le cadre d’une étude portant sur l’organisation sociale d’une petite ville de Norvège à travers l’analyse des relations des habitants entre eux.

Barnes y définit un réseau social comme étant un « ensemble d’identités sociales représentées par des individus, des groupes d’individus ou des organisations reliées entre elles par des liens générés lors d’interactions sociales ».

Un réseau social est donc « un ensemble d’individus liés par des mises en relation et des échanges réciproques. »

Le réseau social suppose de la réciprocité. Cette réciprocité bien présente sur Facebook, LinkedIn ou Viadeo pour ne citer que ceux-là, n’existe pas sur Twitter.

Sur Twitter, nul besoin d’être suivi par les personnes ou organisations pour avoir accès à leur fil d’information. Les relations sur Twitter sont asymétriques, elles n’engagent pas de réciprocité. Sans réciprocité, il n’y a pas d’interaction. En ce sens, il est donc difficile de parler de « réseau social » pour Twitter.

Twitter, réseau d’information en temps réel

À l’image des plateformes de blog, Twitter est une tribune, un espace offert pour s’exprimer auprès de son audience.

Mais si cet espace est ouvert à tous, il n’y a pas d’égalité quant à la portée des messages émis. Cette fameuse « asymétrie des relations » engendre un déséquilibre entre les suiveurs et les suivis.

Privés d’audience, la majorité des utilisateurs sont d’ailleurs muets comme l’illustrent les chiffres issus d’une étude d’Ipsos de 2013. Parmi les utilisateurs actifs sur Twitter, 33 % twittent au moins une fois tous les deux jours, 13 % twittent plusieurs fois par jour, 59 % lisent des comptes Twitter au moins une fois tous les deux jours.

Twitter apparaît davantage « comme un moyen d’information que de communication » conclut cette même étude. Un petit nombre prend la parole pour un grand nombre qui la consomme, passif, à l’image des grands médias que sont la télévision, la radio, ou la presse écrite.

Loin d’être un moyen d’alimenter et d’animer son réseau personnel ou professionnel (comme LinkedIn ou Facebook), Twitter propose autre chose. « C’est un outil de travail », « un réseau temps réel d’information » selon les définitions mêmes d’Evan Williams.

Twitter est un excellent exemple de la manière dont les internautes accèdent aux informations. Dans un journal classique le choix de l’information et le point de vue est imposé par l’équipe rédactionnelle. Sur le Net, le lecteur est son propre rédacteur en chef. C’est lui qui compose son journal et au besoin, sur un même sujet, confronte les points de vue.

La menace de l’infobésité et le poids de l’audience

Twitter à lui seul est accusé aujourd’hui de générer trop d’informations (la désormais commune infobésité), raison pour laquelle à en croire certains commentaires, la croissance est inférieure aux attentes. Dans le même temps ses 320 millions d’utilisateurs ne sont plus suffisants par rapport au 1,2 milliard de Facebook. Le CEO Dick Costolo, en a fait les frais en juin 2015 : la croissance n’étant pas au rendez-vous fixé par les investisseurs, il a été contraint de céder sa place.

Le nombre d’utilisateurs est évidemment un élément prépondérant sur les réseaux sociaux et sur Twitter. Ce sont eux qui construisent potentiellement une audience quasi illimitée et permettent de démultiplier une information dans des proportions sans commune mesure avec les chiffres données pour les journaux. Ce sont eux aussi qui continuent à faire croître la quantité d’information émise.

Il faut donc à la fois, réguler le flux d’informations et permettre une appréciation qualitative des utilisateurs.

Trouver rapidement l’information pertinente

La régulation des flux d’informations passe par une nouvelle organisation, des nouveaux moyens d’accès, un système plus efficace de recherche. L’apport de l’intelligence artificielle et du big data sera une fois de plus déterminante. En-dehors de moyens techniques déjà disponible, l’intelligence artificielle permettra en effet de proposer de nouvelles informations sur la base des articles lus précédemment, des centres d’intérêts, des tweets envoyés ou placés parmi ses favoris, des personnes ou sociétés suivies…

Et puis, il ne faut pas négliger l’avantage incontestable qu’offre la lecture sur les autres accès aux informations que sont les vidéos ou les enregistrements sonores : le gain de temps. Les informations écrites peuvent être balayées d’un coup d’oeil, un texte peut être survolé ou lu attentivement. Il est facile et rapide de se faire une première idée sur un article écrit. L’exercice est moins évident pour une vidéo qui bloque l’internaute pour de longues minutes pour un résultat non garanti.

Les publicitaires ont d’ailleurs bien compris l’intérêt d’un média qui rend l’utilisateur captif. Il est désormais difficile de couper aux vingt à trente secondes, voire davantage, de publicité, avant d’accéder à l’information sélectionnée. Les publicités écrites, même si elles sont plus nombreuses, peuvent au moins être ignorées.

Privilégier la qualité à la quantité des utilisateurs

Le nombre d’utilisateurs ne peut plus être le seul critère pour valoriser un compte. Avoir plusieurs millions de followers ne transforme pas forcément un twittos en influenceur. S’il n’a rien à dire ou s’il n’émet que des tweets sans intérêt, il n’influencera personne.

A la quantité, il faudrait donc ajouter une mesure plus qualitative pour éliminer les faux utilisateurs (les fakes) et donner davantage d’importance aux utilisateurs fortement impliqués dans le partage des informations et la qualité des informations diffusées.

Quel modèle économique ?

Le journal papier, principale source d’information il y a peu encore, est désormais supplanté par des réseaux sociaux qui permettent d’accéder à l’ensemble des publications disponibles dans le monde.

Pour autant, les solutions proposées sont loin d’être parfaites : le partage des informations doit être plus simple, le modèle économique reste à trouver. Beaucoup d’informations viennent encore des journaux traditionnels qui proposent des formules d’abonnement qui ne se prêtent plus aux usages réels. Personne ne lit un journal de la première à la dernière ligne. Chacun a ses centres d’intérêts et souhaite trouver, pour un même sujet, une information synthétique avant de décider d’accéder à un article plus fouillé avec si possible des points de vue différents. Twitter s’inscrit parfaitement dans cet usage : une accroche permet d’accéder à un article complet. Cet article peut lui-même renvoyer à d’autres développements. Des recherches complémentaires à partir des hashtags peuvent ensuite conduire à d’autres points de vue ou à approfondir une position.

Le référendum du 5 juillet 2015 en Grèce est une excellente illustration de cette démarche. Les articles des journaux français, chacun avec sa propre ligne éditoriale, peuvent être complétés par le point de vue des journaux allemands (l’Allemagne étant considérée par beaucoup de grecs comme le principal responsable de la situation), celui de pays dans une situation économique proche de la Grèce comme l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, celui des Etats-Unis et de l’Angleterre qui incitent l’Europe à régler un problème « interne », celui de la Russie à l’affût pour obtenir des bases en Grèce et de la Chine qui investit déjà dans le pays et bien entendu, du principal intéressé, la Grèce avec sa majorité de partisans de l’« OXI » et pourtant une part importante de « NAI ».

Pour ce faire, encore faudrait-il parler, outre le Français, l’Allemand, l’Espagnol, le Portugais, l’Anglais, le Russe, le Chinois et le Grec, objectera-t-on. Aujourd’hui peut-être, et encore, demain sûrement pas ! Les progrès considérables réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle, permettront bientôt de lire et écouter, n’importe quel texte ou discours, en temps réel.

Même si en 2015 la traduction présente encore de nombreuses imperfections, les progrès réalisés grâce aux algorithmes de l’intelligence artificielles et aux systèmes d’auto-apprentissage, progressent rapidement. Là où aujourd’hui il faut encore une bonne dose d’interprétation pour comprendre certaines traductions, d’ici peu la traduction littéraire sera d’excellente qualité. Un système automatique d’interprétariat en temps réel nous permettant de discuter en toute fluidité avec n’importe quelle personne dans le monde entier, ne peut plus être considéré comme une pure utopie. Le temps où chacun pourra lire des textes étrangers aussi simplement que ceux écrits dans sa langue maternelle semble à portée de main. Les futurs traducteurs et interprètes devraient même pouvoir ajouter des explications contextuelles pour apporter un éclairage supplémentaire à ceux qui ne sont pas familiers de la situation locale.

Combien vaut une information ?

L’accès aux informations et la langue ne devraient donc bientôt plus être des freins. Reste le prix de l’information. Il n’est plus envisageable de dépenser ne serait-ce qu’un euro par jour ou 10 euros par mois pour chacun des médias existants dans le monde. De nouveaux modèles doivent donc être trouvés pour proposer une information entièrement gratuite ou du moins à un prix très compétitif. Le lecteur doit pouvoir lire un article d’une cinquantaine de lignes dans un journal de 32 pages, sans pour autant payer le prix complet du journal.

L’équation économique d’un journal tenu de se financer avec une audience de 50 000 personnes n’est évidemment pas la même que tel autre média disposant d’une audience de 500 millions de personnes.

Rapporté à cette audience, l’euro d’abonnement quotidien pourrait être ramené à 0,0001 €. Nul doute que ceux qui produiront vite une information de qualité, seront assez agiles pour s’adapter aux évolutions et verront grand, sauront trouver un modèle économique viable.

Plus iconoclaste et plus disruptif, Jacques Rosselin dans une tribune dans Rue89 (cf référence en fin de document) propose, pour simplifier, de financer directement les journalistes avec les subventions dont bénéficient les journaux, les transformant ainsi en intermittents de l’information. Il convient lui-même que la solution n’est sûrement pas aussi simple qu’il la décrit mais ajoute : « L’argent est là et le financement est possible mais les modalités d’un revenu de base ou d’un régime pour les professionnels de l’information ne sont pas simples. Se poser la question, c’est déjà faire un premier pas de côté… »

De jeunes médias qui ne demandent qu’à grandir

Face à la longue histoire de la presse, les réseaux sociaux et Twitter ont encore à construire la leur. Déjà de nouvelles initiatives voient le jour. Emmanuelle LeNeuf (@EmmanuelleL9), par exemple, a su créer sur Twitter un rendez-vous tous les matins de la semaine à partir de 7h30, et ce gratuitement évidemment, pour proposer une sélection de 10 tweets sur l’innovation et le numérique.

Ces informations sont certes plus ciblées que celles des journaux mais avec plus de 5000 followers en juillet 2015 et une croissance d’une centaine de followers par semaine, elle a su instituer un rendez-vous attendu, souvent suivi en direct (même s’il est évidemment possible de retrouver ces tweets sur son fil d’informations). Avec la magie des retweets, nul doute que son audience est déjà largement supérieure à celle de bien des médias traditionnels.

Hello_Twitter_EmmanuelleL9

Et demain ?

De nouveaux usages verront sûrement le jour. Acculées par les développements des nouveaux moyens de communication, les entreprises de Presse trouverons les moyens de se transformer et de s’adapter aux nouvelles donnes. Twitter et tous les réseaux sociaux embauchent déjà des journalistes en masse pour apporter plus rapidement, le meilleur contenu. In fine, c’est bien la qualité et la pertinence des informations diffusées qui permettront de faire le tri entre les différents médias.

En-dehors des professionnels de l’information et de quelques initiatives individuelles, un autre acteur important commence à se faire une place : l’entreprise.

Les entreprises sont toutes soucieuses de leur marque employeur, s’attachent à maîtriser leur e-réputation et ont besoin de communiquer pour se développer.

Les directions de marketing et de la communication sont les premières à s’intéresser aux nouvelles opportunités qui s’offrent à elles pour présenter leurs services et leurs produits, communiquer sur la diversité, la parité ou la gestion du handicap dans un environnement social et juridique très normé, construire une image valorisante pour leurs clients mais également leurs salariés.

Marque employeur et recrutement vont souvent de pair. Les actions d’amélioration de la réputation de l’entreprise permettent aux directions du recrutement d’attirer de nouveaux talents. Les réseaux sociaux permettent de partager des expériences, de mettre en avant les valeurs de l’entreprise et d’organiser des événements permettant de se démarquer de la concurrence.

Les collaborateurs sont les meilleurs ambassadeurs de leur employeur. Des plateformes en ligne leur permettent de partager ce qu’ils pensent de leur entreprise. Certaines entreprises l’ont bien compris et profitent largement des recommandations de leur salariés. Dans nombre d’entreprises, la cooptation est d’ailleurs le moyen le plus efficace et le moins onéreux de recruter de nouveaux collaborateurs.

La stratégie digitale de l’entreprise doit désormais inclure toutes les composantes de la société et surtout tous les salariés. Une partie de la communication peut ainsi être réalisée sur Twitter ou les réseaux sociaux. Cela permettrait à la fois de conforter un sentiment d’appartenance des salariés, de les fédérer autour d’un projet et en même temps, de montrer aux clients, aux partenaires ou aux futurs collaborateurs le dynamisme de la société et son engagement auprès de ses salariés.

Références :

Le Podcast de la chronique de Daniel-Cohn Bendit dans la matinale d’Europe 1 animée par Thomas Sotto :

http://www.dailymotion.com/video/x2v2aeu_jack-is-back-c-est-jack-l-eventreur_news

La chronique de Pierre Stephan (@pierrestephan), Consultant – cabinet Infhotep dans Les Echos du 09/06/15 :

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-133666-twitter-nest-pas-un-reseau-social-1126626.php

L’étude publiée par Le Pew Research Center (Michael Barthel, Elisa Shearer, Jeffrey Gottfried et Amy Mitchell) le 14 juillet 2014 sur l’évolution de l’utilisation de Twitter et de Facebook pour s’informer :

http://www.journalism.org/2015/07/14/the-evolving-role-of-news-on-twitter-and-facebook/

La tribune de Jacques Rosselin dans Rue89 : « Transformer les journalistes en intermittents de l’info » :

http://rue89.nouvelobs.com/2015/07/01/transformer-les-journalistes-intermittents-linfo-260051

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