Culture de non-embauche ou mal plus profond ?

La culture de non-embauche

Le 09 juin 2015, Francis Bergeron, DRH de SGS France est interrogé par Stéphane Soumier dans l’émission Good Morning Business sur BFM Business. Il y aborde notamment la réforme des indemnités aux prud’hommes et son impact pour les entreprises. Impact sur le plan financier (provisions pour risques prudhommaux) pour gérer les risques et litiges mais également sur leur politique de l’emploi, le risque de litige étant présenté comme un frein psychologique à l’embauche.

Francis Bergeron évoque alors la culture de la non-embauche qui s’est développée dans les entreprises : les entreprises n’embauchent que lorsque toutes les autres solutions auront été épuisées !

HSBC débauche

Le même jour la banque HSBC annonce s’apprêter à se délester de près de 10% de ses effectifs dans le monde, soit près de 25 000 emplois. Cela concerne cette fois le monde entier (pas uniquement la France) et la décision n’a rien à voir avec le nombre de pages du Code du Travail français, ni avec la réforme des Prud’hommes.

Les uns débauchent. Les autres n’embauchent pas. Encore de mauvaises nouvelles pour les millions de chômeurs.

Y a-t-il vraiment une culture de non-embauche ?

Et dans ce cas, est-elle due à la complexité de notre Code du Travail ou à des causes bien plus profondes ?

Force est de constater que malgré des signes de reprise économique, la courbe du chômage n’en baisse pas pour autant. Les périodes de crise permettent aux entreprises de progresser dans la maîtrise de leurs dépenses et d’améliorer leur productivité. Elles savent aujourd’hui faire plus et mieux avec les mêmes effectifs.

Il reste quand même des activités qui, par nature, ont besoin d’un nombre de plus en plus important de ressources humaines : c’est le cas des prestations d’aide à la personne mais plus largement, de toutes les activités de service. Ainsi, les Entreprises de Services du Numériques (ESN) continuent à recruter massivement et multiplient les initiatives (utilisation des réseaux sociaux, recrutements dans des lieux insolites, …) pour se différencier de leurs concurrents et attirer les talents. Près de 20% de nouveaux salariés viennent ainsi grossir les rangs de ces sociétés chaque année et malgré un turnover relativement élevé, le solde reste largement positif. Mieux encore, ces embauches sont principalement des CDI alors que globalement, sur le marché français, CDD et intérim constituent désormais la large majorité des contrats signés.

La transformation digitale des entreprises

Les entreprises en pleine transformation numérique investissent lourdement pour s’adapter aux nouveaux marchés, automatiser des tâches et … utiliser moins de personnel. Ces investissements passent majoritairement par des outils logiciels, des robots, des processus automatisés…bref de l’informatique encore majoritairement réalisée par des femmes et des hommes. Les ESN profitent donc de cette importante demande et même si la pression sur les prix est de plus en plus forte, arrivent encore à faire de la croissance et dégager quelques profits.

Les personnes recrutées dans les ESN sont majoritairement des consultants facturables à leurs clients. Pour le reste, elles sont logées à la même enseigne que les autres entreprises : recruter en dernier ressort et limiter ce que Francis Bergeron appelle « les petits boulots » qui autrefois servaient de marchepied pour entrer dans l’entreprise par la démonstration in situ d’une compétence et d’une capacité de travail.

Cette situation est-elle pérenne ?

Rien n’est moins sûr… Le développement informatique, activité qui représente encore une part importante des prestations proposées par les ESN, est en train de muter. Les progrès accomplis dans le domaine de l’Intelligence Artificielle, permettront probablement dans peu de temps, d’industrialiser encore davantage cette activité, de générer le code automatiquement (nous en sommes encore aux balbutiements) et de contrôler le bon fonctionnement des applications réalisées de façon bien plus exhaustive et plus efficace que ne le font les humains.

La plupart des métiers que nous connaissons actuellement sont en pleine mutation. Des robots effectuent de plus en plus de tâches autrefois effectuées par des êtres humains ; la voiture autonome sans conducteur préfigure un monde sans chauffeurs de taxis, tout comme les avions voleront probablement sans pilotes (le crash de l’A320 dans les Alpes pèsera probablement dans cette décision). Joanne Elgart Jennings dans un papier récent (cf la référence en fin d’article) prédit des disparitions de métiers plus étonnants : les pharmaciens, les avocats et les journalistes.

Guy Vallancien dans le Huffpost (cf référence en fin d’article), au travers du cas des anesthésistes, démontre que le combat est perdu d’avance contre les robots : plus d’efficacité pour un coût moindre ! Aujourd’hui déjà, les robots raflent la mise : « Le lobby des anesthésistes américains tente de retarder l’arrivée de la machine infernale sur le marché. Mais le calcul économique l’emportât : pour une meilleure efficacité mieux vaut payer 200 dollars de procédure réalisée par un robot que 2000 dollars d’honoraires pour le médecin spécialiste. »

Les médecins bientôt débordés par les progrès réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle seront demain nos infirmières d’aujourd’hui selon la formule du Docteur Laurent Alexandre. Les ordinateurs et les algorithmes seront bien mieux armés qu’un escadron de docteurs House pour interpréter les millions de données disponibles grâce au séquençage ADN et effectuer rapidement le bon diagnostic.

Hank Pelissier sur le site de l’IEET (cf référence en fin d’article) se demande même s’il ne serait pas préférable de remplacer les hommes politiques par des robots. En effet, écrit-il, les robots avec de l’intelligence artificielle peuvent déjà remplacer les fermiers, les ouvriers d’usine, les employés des Fast Food, les enseignants, les pilotes d’avions et les conducteurs de voitures et de camions. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Parce que des machines rationnelles et focalisées sur leurs tâches sont plus efficaces que les êtres humains. Ils coûtent moins chers et font moins d’erreurs.

Dans ces conditions, s’interroge-t-il, pourquoi ne pas remplacer les hommes politiques, qu’il décrit comme « ces bureaucrates souvent psychopathes qui nous gouvernent, ces manipulateurs, ces magouilleurs qui font les choux gras de nos médias avec leurs scandales de corruption, leurs frasques sexuelles, leurs crimes. »

Vu sous cet angle, il est vrai que la question mérite d’être posée. Décidement, toutes les professions sont concernées par cette (r)évolution.

Inventons aujourd’hui les métiers de demain

A côté de cette transformation profonde qui n’ira qu’en s’accélérant dans les années à venir, certains débats paraissent bien dérisoires. Les discussions sur le contenu -et la simplification- du Code du Travail sont certes indispensables. Il faudrait éviter cependant de le considérer comme le rempart ultime aux bouleversements que nous vivons sans quoi il risque fort d’incarner les futures lignes Maginot du monde du travail.

Souvent à la pointe des innovations, les ESN comme la plupart des entreprises, doivent, elles aussi, réinventer les métiers de demain. En réponse aux défis posés dans le domaine de la santé, Guy Vallancien propose une piste : les nouveaux métiers seront non techniques; le développement de l’intelligence artificielle nécessitera de plus en plus de relations humaines.

Un juste retour des choses et une piste à suivre…

Références :

Référence de l’article de Joanne Elgart Jennings : https://twitter.com/phausherr/status/602216885149704192

Interview de Francis Bergeron par Stéphane Soumier sur BFM Business: http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/audio/bfm-0906-gmb-francis-bergeron-210836.html

Article de Guy Vallancien dans le HuffPost :

http://m.huffpost.com/fr/entry/7560338

Article de Hank Pellissier sur le site de l’IEET (Institut de l’Ethique et des Technologies Émergentes) :

http://ieet.org/index.php/IEET/more/pellissier20150612

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